Archive pour ‘Témoignage’

novembre 4, 2011

Maman et Bébé (télé-)travaillent

Méprenez-vous ! Je n’exploite pas ma Sunshine quoiqu’elle commence à bien manier le petit chiffon et le plumeau pour bien nettoyer les gouttes tombées de sa gourde…la grande fifille à sa maman. De toutes façons il n’est jamais trop tôt pour bien inculquer les bonnes bases pour en faire une petiote indépendante et volontaire (Merci Madonna!) du coup je n’ai eu aucune hésitation à intégrer ce post dans la série “Expériences Maman-Bébé” car comme disait Elisabeth Badinter :“Femme…Mère….conflit…blablablabla….”*.

C’est vers le 18è jour après mon accouchement quand je me mis à contempler la quantité de messages stockés dans ma boîte e-mail dans la catégorie “boulot” (après avoir passé beaucoup trop de temps à me gargariser de la catégorie “félicitations”) et que je me rendis compte que j’allais me faire ch*** à repasser ces satanées couches lavables, que je pris la décision de reprendre ma petite carrière en main. En plus il fallait bien trouver des sous pour acheter ces satanées couches jetables (suite logique).
Les filles. Je n’ai aucun conseil ni de confession à apporter ici en ce qui touche les négociations/recherches et les termes des contrats pour gagner sa vie décemment de la maison, toujours est-il que mon seul et unique souci restera de préserver le petit bonheur familial que nous avons construit et dans lequel Sunshine grandira pétillemment. Par contre je vais en étaler pas mal au niveau du vécu et du regard de compassion “ben tu l’as demandé maintenant tu l’as donc ferme-la et bosse” de mon entourage.

Télétravail semble être un mot qui sort du futur si on prend le fait que j’ai ma main gauche scotchée à mon iphone 24/7 pianotant des emaileuh, téléphonant à untel fournisseur ou sortant du passé si on considère que depuis des millénaires des mamans passent des nuits à broder leurs ouvrages sous la lueur d’une bougie afin de pouvoir subvenir à leur foyer. Télétravail dans mon expérience veut tout simplement dire : Le bordel! Télétravail! Que dis-je? Travail tout court oui!

Bien sûr tu passes plus de temps avec ton enfant, trop même, genre, l’enfant en question trépigne de plaisir pendant les appels-conférence et ses premiers babillements incluent “Alloooo”, qu’elle t’arrache d’une bonne poignée de main les touches de ton clavier ou mange goulûment ton ipod et que tu passes 4h (facturées au client of course) au Genius Bar à réparer le crime.

Bien sûr que le papa a été totalement réceptif et que le partage des tâches à la maison s’est réparti de manière scientifique. Non tu ne peux pas tout simplement passer le swiffer, ce truc coûte la peau des f***, utilise le balai ou l’aspi d’abord pour la poussière. Oui je vais apprendre à dire “s’il-te-plaît mon chéri” avant de t’engueuler au sujet des chaussettes qui poussent partout surtout sous le lit. Non je ne peux pas passer au pressing déposer tes chemises j’ai pas le temps et Non je ne vais pas passer un après-midi entier à les repasser. Oui je mérite une pause de 60 minutes pour mater ma série pendant que tu baignes/habilles/nourris la gamine. Pas ce soir… j’ai un deadline demain… mais je t’aime hein. bref.

Bien sûr que tu es plus épanouie. À un point tu penses à te brosser les cheveux sur le chemin avant le meeting tellement tu passes des journées É-PAS-NOUÏ-E en pyjama. Tu es tellement contente de ne pas avoir à écouter les ragots des collègues que tu te surprends à babillonner comme la petite ou à parler toute seule. À peine si tu ne te fringues pas comme au réveillon lors des (très rares) sorties avec les copines. mamans. elles aussi. car les célibataires elles t’ont zappée elles ont une carrière à courrir après. LOL!

* J’ai toujours pas fini de lire son bouquin mais je suis certaine qu’elle va conclure par un truc hors du commun des mortels. bref. ce post sera mis à jour quelque part avant les 18 ans printemps de la petite car paraît-il que mon contrat de maman va durer aussi longtemps….

Jogany :)
mars 21, 2011

Nathalie: femme malagasy, mère active

Nathalie est une femme très dynamique. Elle est arrivée en France avec ses deux garçons en 2005 après un regroupement familial. Son mari travaillait au BMOI quand il a décidé de partir pour la France en 2003. Aujourd’hui ils sont 5 à la maison, le petit dernier est né neuf ans après le cadet pour une histoire de papier…

  • Nathalie, 39 ans,  Agent d’escale, 3 enfants. Mariée à Lova,  39 ans, Conducteur de poids lourd.

Kilonga.com: Bonjour Nathalie. Une petite présentation?

Nathalie: Je travaille en tant qu’Agent d’escale à l’aéroport de Paris. Je suis maman de 3 grands garçons et je suis mariée depuis  presque 15 ans maintenant. Je suis arrivée en France en 2005, 2 ans après mon mari. Nous avons toujours vécu dans la banlieue parisienne.

Kilonga.com: Ton mari est arrivé 2 ans avant toi. Pour quelle raison?

NathalieMisava làlana akia a! (rire)  .A vrai dire nous ne pouvions pas partir tous ensemble. Pas avec les deux enfants en tout cas, ils  avaient 9 et 6 ans à l’époque. Ca aurait été la galère.


Kilonga.com: Comment vivais-tu cela? Assumer seule la responsabilité de tes deux enfants durant 2 ans?

Nathalie: Je ne sais pas au fait, parce que nous habitions chez ma belle famille et il y avait les grands parents présents. Au final, je n’ai pas vraiment ressentie une difficulté par rapport à l’éducation et à l’autorité parentale. Mon mari nous appelait toute les semaines, on s’envoyait des e-mails mais c’était très rare. Il m’a plutôt manqué physiquement (rire). Mais de toute façon je me disais que c’était pour la bonne cause.

Kilonga.com: Et ton mari, comment vivait-il cette séparation, cette décision?

Nathalie: (grimace) La galère! Il a quitté son poste dans l’espoir de trouver quelque chose après la crise de 2002, si tu te souviens. Mais en vain. Du coup il s’est mis en statut étudiant en reprenant les études. Nous avons de la famille ici qui pouvait l’aider dans les différentes démarches. Il est entre autre de nationalité française de sa grand- mère, mais après la colonisation à Madagascar les descendants n’ont pas voulu garder la nationalité. Quand il a pu prouvé ça, ça a été réglé.

Kilonga.com : Donc en 2005, tu es arrivé avec vos fils et alors?

Nathalie: Nous étions hébergés par- ci par- là chez des amis, des connaissances, la famille le temps de faire les inscriptions à l’école des enfants. Mon mari a trouvé des petits jobs en dehors de ces études. La première année  je n’ai pas travaillé du tout, je m’occupais de nos papiers administratifs, des enfants. J’ai fait appel à la caf, à l’assistante sociale pour avoir un appartement stable. Je l’ai eu très rapidement. Etant une famille croyante et pratiquante, nous avons très tôt intégré le fpma, ce qui nous a permis d’élargir nos réseaux.

Kilonga.com: L’intégration s’est bien déroulée alors? Comment ça s’est passé du côté du travail?

Nathalie: Nous avions la caf avec deux enfants c’était autour de 400 euros par mois, vu que nous n’avions pas de ressources stables. Et comme je suis tombée enceinte très rapidement, je n’ai pas travaillé de suite. Je me suis vraiment investie dans la vie de l’église et la louange de Dieu. Mon mari et moi sommes diacre, je fais partie du membre dorkasy et sampan’ny vehivavy. Les garçons font du scoutisme et du sekoly alahady. Je suis fière de tout cela car la vie est dure et sans l’aide de Dieu nous ne serions pas là aujourd’hui.

 

Et puis bien sûr je peux compter sur l’aide de mon mari. On se soutient beaucoup, c’est important!


Kilonga.com: Actuellement tu es active n’est ce pas? Depuis quand et comment tu t’y es organisée avec trois garçons?

Nathalie: J’ai commencé quand mon dernier avait 2ans et demi par là. J’ai commencé par de l’intérimaire puis je suis titulaire de poste maintenant. Comment je faisais? Et bien j’ai mes soeurs de l’église qui m’ont aidés . Elles ont acceptés de garder mes enfants les jours où je partais tôt de la maison ou quand je rentre tard. Et puis bien sûr je peux compter sur l’aide de mon mari. On se soutient beaucoup, c’est important!


Kilonga.com: Et les enfants comment ça se passaient pour les deux grands le changement de vie?

Nathalie: A Madagascar, ils étaient plutôt contents de partir pour la France. Ils frimaient (rire). Quand nous étions arrivés, ce fût quand même un choc surtout pour mon aîné. L’hiver n’a pas arrangé tout cela bien sûr et comme nous n’avions pas notre propre appartement, cela a été difficile. A Madagascar, ils avaient chacun leur chambre, nous habitions une grande maison d’environ 150m² avec des hectares de terrains. C’est différent, mais on a confié tout cela à Dieu et Il a écouté nos prières.


Kilonga.com: As-tu eues des difficultés pour trouver du travail?

Nathalie: Tu peux toujours trouver du travail si tu n’es pas compliqué. Rehefa tsy sarotiny e! .Les petits jobs y en aura toujours, déclaré ou non déclaré. Moi je travaillais dans une agence de voyage à Madagascar et cela m’a aidé pour trouver ce job.


Kilonga.com: Ton mari et toi aviez quand même une très bonne place à Madagascar, qu’est ce qui vous a poussé à partir?

Nathalie: L’avenir des enfants après la crise de 2002 était incertain. Certes mon mari avait une très bonne place au BMOI, nous faisions partie de la haute sphère à Tana. La décision de partir a été mûrement réflechie.


Kilonga.com: Quelquesv regrets tout de même, non?

Nathalie: Parfois oui, parfois non. Il suffit que je pense aux enfants et c’est parti. Moi oui, je regrette ma vie là-bas. Enfin ce n’est pas vraiment un regret c’est plutôt une nostalgie.


Kilonga.com: Si tu as à choisir en étant une mère active, c’est à Madagascar ou en France que l’on vit le mieux?

Nathalie: Je peux dire les deux (rire)? Oui, chacun a son avantage. A Madagascar, tu habites une grande maison avec un grand terrain.  Tu peux avoir un travail stable donc un salaire moyen mais tu as du mal à boucler tes fins du mois. En France tu peux bénéficier des aides sociaux, à partir de 3 enfants tu as pas mal de réduction d’impôt, des aides de partout en étant une famille nombreuse. Mais tu n’es pas apprécié par tous, il y a de plus en plus de raciste (fou rire). Non sans rire, Par rapport à mes amies là-bas je suis mieux à l’abri en France.


Kilonga.com: Un retour est envisagé ou non?

Nathalie: Quand? tu rigoles! Les garçons ils n’ont plus d’amis là-bas. Quant à moi, je ne supporterai plus la mentalité.  Peut- être dans nos vieux jours, qui sait? Mais pas en ce moment, nous avions fui la crise et aujourd’hui c’est encore pire. Non, il faut avoir des millions d’euros pour retourner au pays et nous ne l’avions pas encore. On verra… asa rehefa vovoka angambany!

Kilonga.com: En tout cas, merci beaucoup Nathalie. je te souhaite le meilleur

Nathalie: Merci tatisy de kilonga.com (fou rire)

mars 14, 2011

Hanitra:Femme malagasy, mère active

Quand j’ai appelé Hanitra pour fixer un rendez-vous afin de l’ interviewer, j’ai été etonné qu’elle me donne un rendez-vous chez elle un mercredi vers 19h. Dans ma tête je me suis dit qu’elle était peut être à 80% , que de ce fait elle ne travaille pas le mercredi et non. Cette jolie dame de la trentaine travaille à temps plein et elle m’a donné rendez-vous 3àmn à peu près après aller cherché ses deux gosses, un à la garderie et un chez l’assistante maternelle. Je me suis dit alors que j’allais plonger dans l’univers de MotherFucker (le spectacle de Florence Foresti), mais surprise…

  • Hanitra, assistante de direction, 30 ans, 2 enfants. Mariée à Nirina , 35 ans, Consultant Indépendant

“Avec le temps on fini par nous expérimenter”

Kilonga.com: Bonjour Hanitra. Merci d’avoir accepté de représenter la femme active malagasy en France. Peux-tu te présenter à nos lecteurs?

Hanitra: Je m’appelle Hanitra, je suis mariée à mon homme,  Nirina,  depuis 8 ans et nous avons deux petits coeurs âgés de 5 ans et 3 ans. Je travaille en tant qu’assistante de direction et mon mari lui, travaille à son compte. Et nous habitons la banlieue sud de Paris.

Kilonga.com: Comment ça se passe  la gestion d’un foyer avec deux gosses et un travail à plein temps? Tu m’excuseras mais je suis un peu étonné là, tu as accepté de me recevoir en milieu de semaine.

Hanitra: (Rire) Avec le temps on fini par nous expérimenter. Je vais chercher les gosses le soir, mon mari les ramène le matin. Aro reste à la garderie, Miora est chez l’assistante maternelle. Les jours où nous ne pouvons pas aller cherché les enfants aux heures qu’il faut, il y a une baby sitter d’urgence. Nous pouvons compter aussi sur mon frère et ma belle soeur parfois car ils habitent pas trop loin.

Kilonga.com: Et le bain, les devoirs et le repas, tu n’as pas à les préparer?

Hanitra: C’est mercredi, les devoirs de Aro il les a fait hier à l’étude, j’ai juste à jeter un coup d’oeil et lui faire répéter une poésie. Quant au bain ça a été fait pendant que je rangeais un peu.  Pour le dîner j’ai sorti un repas congelé que j’ai préparé avant. Sinon si je ne trouve rien je cuisine quelque chose de vite fait, comme des raviolis ou du spaghetti.

Kilonga.com: Hanitra, je ne te cache pas mais je suis surprise de trouver ta maison très clean un mercredi soir? Mary Poppins se cache ici peut être?

Hanitra: ( éclat de rire) Non, bien sûr que non! Nous avons une femme de ménage.

Kilonga.com: Ah!(suprise) En tout cas vous avez su trouver de l’aide pour organiser votre quotidien. Je ne connais pas beaucoup de malgache dans mon entourage qui emploie une femme de ménage.

Hanitra: Pour avoir une vie à peu près équilibré c’est une règle d’or de faire appel aux services à la personne. Par exemple, je ne fais plus le repassage et le ménage qui prenaient énormément de mon temps. Nous avons décidé de nous faire livrer nos courses et ce n’est pas si cher que ça, c’est gratuit à partir de 50 euros d’achats. Fini donc le samedi après-midi à faire la queue dans un supermarché. Désormais ces temps, nous les utilisons en famille: promenade, sport, activité et shopping pour moi. Les gens sont étonnés quand je leur dit que j’ai  une femme de ménage, mais au final, tout le monde acquiesce quand je leur dit que nous avons bien des  mpanampy à Madagascar?

“Pour avoir une vie à peu près équilibré c’est une règle d’or de faire appel aux services à la personne”

Kilonga.com: C’est à dire que ce n’est peut-être pas le même coût et c’est difficile pour nous d’employer quelqu’un en France?

Hanitra: Qui a dit ça? A situation égale à Madagascar nous avons des mpanampy. J’ai des amis, des jeunes comme nous qui ont des mpiasa an-trano à Madagascar,rajoutez le gardien et le chauffeur. Ce n’est pas un privilège, en plus il y a des réductions d’impôts pour nous en France. Il ne faut pas comparer l’euro avec l’ariary mais la situation de vie. A quoi ça sert de travailler sinon?

Kilonga.com: D’ailleurs à propos de ça, 30 ans, 2 enfants la carrière est finie? Est-ce que le temps est maintenant consacré aux loisirs et aux plaisirs de vivre ou bien vous pensez encore à une ascension sociale?

Hanitra: Moi, je me suis fixée une idée. Mon travail ne doit pas prendre le dessus sur ma vie privée. Quand j’ai eu Aro, 3 mois après sa naissance,  j’ai repris le travail. Ca a été dur mais il le fallait car à l’époque je commençais juste à travailler et nous avons le remboursement de la maison. Avec Miora, je me suis arrêtée 1 an, en posant un congé parental. J’ai comparé les deux situations, avec moi les enfants se sentaient vraiment bien, s’épanouissaient très vite. Mais je ne suis pas faite pour être femme au foyer. Alors je me suis dit que je travaillerai à condition de ne pas rentrer tard le soir, de ne pas ramener du travail à la maison, de ne pas travailler à plus d’1h de transport de chez moi. Enfin des petites choses quoi!

Kilonga.com: Pourquoi ne pas travailler à plus d’1h de chez toi, beaucoup de femmes le font?

Hanitra: Pour pouvoir rentrer vite quand l’école m’appelle pour une gastro-entérite ou une fièvre. Et surtout je ne l’ai pas encore mentionné mais je me suis juré de ne  plus jamais reprendre le transport en commun. Donc je suis actuellement à trois quart d’heure en voiture de mon lieu de travail. Cela facilite notre vie. Je finis à 17h je récupère les enfants à 17h45 par là. Je suis chez moi à 18h.

Kilonga.com: Et ton homme, quel est son statut à la maison? De nos jours, beaucoup réclament l’égalité homme -femme au travail comme à la maison?

Hanitra: Quel statut veux-tu qu’il a? C’est l’homme, il gronde, il pose les règles, il fini tard au travail, il ne veut pas qu’on l’embête pour ci ou pour ça. C’est aussi une des raisons pour laquelle nous avons fait appel aux relais. Je suis moi aussi fatiguée quand je rentre de mon travail. C’est vrai qu’il m’aide – à mettre les assiettes dans le lave-vaisselle ou encore d’étendre le linge, ou bien de cuisiner le dimanche ou quand nous recevons des invités. Mais ce n’est pas sûrement lui qui va passer l’aspirateur, faire le lit de tout le monde, nettoyer le vitre, astiquer les meubles, et bien d’autres choses encore. Sa corvée à Monsieur est restreinte.

Kilonga.com: Pour toi, en étant une maman active, crois-tu que c’est plus facile de mener une vie de famille en France ou à Madagascar? A situation égale ou non.

Hanitra: A situation égale, en ayant la possibilité de faire appel à de l’aide extérieur. Je pense qu’on vit mieux en France. Qu’est ce qui nous manque ici finalement si ce n’est la joie de se trouver en grande famille lors des réunions comme le mariage, les fahoriana. Mais si tu as beaucoup de famille ici, et qu’en plus tu les vois régulièrement, pourquoi ne pas choisir de vivre ici?

Kilonga.com: Pour finir, selon toi quelle serait l’arme secrète de la mère active?

Hanitra: C’est l’organisation et la discipline.

Merci à Hanitra et ses deux petits loupiots de m’avoir reçu chez eux.

mars 9, 2011

Femme malagasy, Mère active: mais comment font -elles?

Comment ça se passe les quotidiens d’une maman malagasy active en France? J’ai posé récemment cette question aux membres amis de la page fan de kilonga.com sur facebook. Bon nombre d’entre vous ont répondu et ont exposé leur ressenti, leur difficulté, leur quotidien de femme et mère active. Oui, je l’ai déjà dit les femmes malagasy ont toujours été actives mais comment font-elles pour organiser leur quotidien? D’ailleurs c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de créer le réseau Mompreneur Madagascar. Allié vie professionnelle et vie familiale n’est pas facile, pour se comprendre j’ai interviewé quelques femmes actives autour de moi. Voici donc des profils de  femmes malagasy et mère active vivant en France, à Madagascar mais aussi des femmes françaises avec lesquelles nous pouvons comparer nos situations.


  • Mirana, Chef de projets, 31 ans, 1 enfant. Mariée à Haja,  33 ans, Directeur financier

“Chouchouter mon mari c’est presque fini parce que j’ai toute une corvée derrière”

Kilonga.com : Bonjour Mirana, Merci de nous avoir accordé un temps dans ton emploi du temps très chargé. Peux-tu te présenter à nos lecteurs pour commencer.

Mirana: Et bien je m’appelle Mirana, j’ai 31 ans, je suis mariée, nous avons 1 enfant de 3 ans et demi. Je suis chef de projets dans une grande boite française et je suis en France depuis maintenant 10 ans. J’habite à Corbeil Essonne et je travaille à Paris. Ce qui représente à peu près 1h30 de transport de porte à porte.


Kilonga.com: Et comment ça se passe?

Mirana: Disons que j’ai un métier à responsabilité, un mari qui travaille beaucoup, un enfant qui reste énormément chez une nounou. Pas assez de temps!

Kilonga.com: Et quel est ton ressenti par rapport à ça, justement?

Mirana: De culpabilité, un sentiment de n’être jamais heureuse à 100% ou d’être à jamais satisfaite. De ne pas être là pour mon fils, de ne pas suivre ses progrès. Quand je rentre je suis tellement fatiguée que mes priorités sont restreintes: bain et repas de mon fils. Peu de temps seulement après je dois déjà le coucher. Mais je prends quand même un peu de temps pour lire une histoire avec lui ou partager un fou rire ensemble, c’est mon “tarigetra”. Vers 20h ma vie de femme commence jusqu’à minuit: chouchouter mon mari c’est presque fini parce que j’ai toute une corvée derrière.

Kilonga.com: Malgré ton emploi du temps monstre tu arrives quand même à trouver du temps pour jouer avec lui alors, c’est bien, tu t’es bien organisée?

Mirana: Par ci par là en économisant bien (rire): 5 mn à table, 10mn dans le bain, 5mn au coucher. Sinon c’est aussi “depêche-toi”, “arrêtes de pleurer”, “manges ta soupe”.

Kilonga.com: Selon toi, les autres mamans ressentent-elles cette difficulté et ont le même rythme que toi ou tu es un cas à part? Je veux dire par là est ce une exception dû à ton statut professionnel ou c’est généralisé en France?

Mirana: Cela dépend de beaucoup de choses. Déjà ce n’est pas le même rythme si on habite à proximité de notre lieu de travail. Que ce soit à Paris ou en périphérique. Moins de temps de transport veut dire plus de temps disponible. Moi avec 2h de transport matin et soir je perds beaucoup de temps. Sans compter les jours de grève, de problème de trafic etc. Habiter en banlieue et travailler à Paris, c’est vraiment une sacrée organisation. Après tu peux aussi choisir d’aller en province mais c’est une autre qualité de vie: pas assez de travail et d’opportunité de carrière.

Kilonga.com: Peux-tu nous donner une journée type de la maman active?

Mirana: Alors,avec mon mari nous avons dû nous faire un emploi du temps féroce (rire). On se partage une semaine sur deux de ramener Matio à l’école. C’est à dire que quand c’est moi qui le ramène, c’est lui qui le récupère chez la nounou. Le jour où je suis du matin.Nous partons un peu plus tard, je le ramène à l’école à 8h20 et j’arrive au bureau à 10h par là. Quand c’est mon mari qui est du matin il le ramène à 7h chez la nounou. Moi je suis déjà dans mon train pour arriver au bureau vers 8h pour pouvoir partir tôt le soir c’est à dire vers 17h si je n’ai pas de réunions. Quand c’est le cas, Matio reste chez la nounou jusqu’à ce que j’arrive. Certains jours nous le récupérons vers 20h le soir. Cette dame est notre pilier, elle ramène Matio à l’école le matin et va le chercher aussi à 16h 20. Elle est très flexible et c’est important.

Kilonga.com: Finalement c’est toute une organisation, presque un rituel. Et quand il est malade?

Mirana: Nous avons eue la chance d’avoir une nounou formidable, qui accepte les enfants malade (soupir). C’est rare!  Mais la contre-partie c’est qu’il faut la payer et elle vaux chère. A ce niveau là, mon mari et moi avons décidé de lui donner tout ce qu’elle veut. Elle a bien compris que nous avons besoin d’elle et elle nous le fais savoir. En tant que maman, je suis la personne que mon fils a le plus besoin mais je ne peux pas non plus m’absenter tout le temps. Quand je n’ai plus de solution je ne regarde pas le prix de la nounou, je lui dois beaucoup.

“Notre seule règle c’est lui donner ce qu’elle demande sans faire de chichi car elle garde notre enfant”

Kilonga.com: Combien à peu près de frais de garde par mois tu dépenses pour Matio?

Mirana: Ah! Mon mari et moi sans nous vanter gagnons bien notre vie. Je dis ça parce que le prix d’une nounou est calculée par rapport à nos revenus. Je paye à peu près 4 euros de l’heure* et 3 euros de frais d’entretien (électricité, goûter, etc). Je fournissais moi-même les couches et les boites de lait quand Matio était encore bébé (c’est sa nounou depuis qu’il est né). Nous déclarons seulement les horaires “normaux”, c’est à dire de 7h à 19h . Quand il nous vient à dépasser ces tranches horaires, je lui paye cash en tarif libre. Dès fois je lui paye 10 euros/ heure comme une baby sitter. A la fin du mois je la laisse calculer les heures, j’établis la feuille de paye à déclarer et je lui donne un peu plus si nous avons beaucoup débordés. Au mois de Juillet- Août elle reçoit une prime de vacances, ainsi qu’au mois de décembre pour une prime de noël. Je crois qu’il y a eu des mois où elle a gagné à peu près 1000 euros de salaire et elle garde 3 enfants cette dame. Notre seule règle c’est lui donner ce qu’elle demande sans faire de chichi car elle garde notre enfant.

Kilonga.com: Pour toi, en étant une maman active, crois-tu que c’est plus facile de mener une vie de famille en France ou à Madagascar? A situation égale ou non.

Mirana: Sincèrement, à situation égale je choisirai de vivre à Madagascar. Il y a quelque chose de magique là-bas qui fait que malgré la vie difficile on a la joie de vivre. J’accorde qu’ici le bonheur est matériel. J’habite dans une grande maison, j’ai deux voitures, j’ai tous les électroménagers dernier cri, je peux me permettre d’acheter 300 euros de courses par mois et je peux partir en vacances quand je veux mais je suis toujours grincheuse (rire). J’ai perdu la notion de fihavanana, je suis égoïste, râleuse, non pratiquante, matérialiste.

Kilonga.com: Pourquoi ne rentres-tu pas dans ce cas là?

Mirana: Parce que j’ai galéré tant et tant pour avoir tout ce que j’ai aujourd’hui. La vie que j’ai construite ici, je ne peux pas l’abandonner pour revivre à Madagascar et puis vu notre situation je n’ai pas envie d’entendre des taim-bava par ci par là. J’y suis, j’y reste.

Kilonga.com: Si j’ai bien compris, vous les malagasy d’andafy vous faites le mimenomena, rien ne vous suffit ici mais vous restez quand même. c’est assez frustrant d’entendre ça quand même?

Mirana: (éclat de rire) Disons simplement que nous sommes bien intégré à la société et à la valeur française. Je suis de couleur et d’origine malagasy mais je vois la vie comme un français. Une bounty

Kilonga.com: Très bien, j’ai saisi le message. Moitié malagasy moitié français, jamais content?

Mirana: Peut-être, oui.

Kilonga.com: Merci beaucoup en tout cas de nous avoir reçu, quel pourrait être la perle rare qui peut combler ton bonheur?

Mirana: Réussir l’éducation de mon fils, lui transmettre des valeurs que mon mari et moi trouvons importantes pour sa survie ici. Je suis malgache mais lui qui est-il?


“Je suis de couleur et d’origine malagasy mais je vois la vie comme un français. Une bounty”

*Pour calculer le coût de votre assistante maternelle, voici le lien

janvier 21, 2011

Savoir lire, ce privilège oublié

Vous rappellez-vous du tout premier mot, de la première phrase, de la première page, du premier livre que avez su lire? Ca doit faire bien loin, n’est-ce pas? Il est bien possible que vous ne vous rappeliez rien de tout cela. Moi-même je ne me rappelle plus très bien. A moins que je ne me force à fouiller, juste un petit peu …

Je crois bien que Lala sy Noro a été mon tout premier livre de lecture. Lala sy Noro dont quelques comptines restent à jamais gravées dans ma mémoire: “bitro kely feno volo”, “ô ralila”. De Etsy Babeko je me souviendrai toujours des illustrations dignes d’un Gauguin, Solofo sy Fanja et les autres personages aux mains et pieds d’une taille fascinante.

Quand je devais avoir entre huit et dix ans j’ai reçu de mes parents ma toute première bande dessinée: “Benoît Brisefer et les Taxis Rouges”. Un petit bonheur que mon père a dû ramener d’un voyage en France.  Je me souviens également de mon tout premier livre de la série Mini Rose: “Le Tour du Monde d’un Cochon d’Inde” de Paul Gallico. Un petit trésor que mes parents ont sûrement déniché sur une marche des Tohatohabaton’Ambondrona.

Puis sont venues les années à l’école des soeurs où l’on rivalisait à lire le plus des fameuses séries “Fantômette”, “Le Club des 5”, “Le Clan des Sept” de la Bibliothèque Rose. Et vous savez quoi? Je suis sûre que mes copines fantasmaient en secret être Fantômette de Framboisy, tout comme moi! On est je crois passé à la Bibliothèque Verte en classe de quatrième avec les séries “Alice”, “Les Soeurs Parker”, “Les Six Compagnons”, “Langelot”. Ma passion pour les aventures drôles de Bennett et Mortimer est apparue après que j’aie commencé à partager les bancs du collège avec des garcons. Ma carte de membre au Centre Culturel Albert Camus était à l’époque un vrai trésor. Elle m’a donné accès à une petite caverne d’Ali Baba: les aventures de tous ces héros et héroines que j’aurai bien envie de redécouvrir aujourd’hui pardi! A surfer sur le net cependant il me semble avoir compris que certains de ces livres de ma jeunesse ne sont plus publiés! Ou me suis-je trompée? Ils font maintenant place à une nouvelle génération de séries, celles que ma fille – je l’espère bien – aura à son tour un immense plaisir à découvrir …

Ma fille qui est à l’origine de mon “pélèrinage” … Je lui suis à jamais reconnaissante de m’avoir poussée – sans le savoir – à reviver ces précieux instants de ma jeunesse. A cinq ans, la petite chérie est en train d’apprendre à lire. Elle est en train de s’émerveiller à articuler ses premiers mots. Elle est en train de découvrir la joie exquise de savoir lire. C’est non seulement de la joie mais de la puissance aussi. Et quelle puissance! De la voir aussi excitée et s’écrier: “Mom, I can read!!!” j’en avais les larmes aux yeux … De la joie et des larmes tellement inattendues … C’est à ce moment précis que j’ai réalisé à quel point j’ai pris pour acquis ma capacité de lire. J’ai réalisé à quel point savoir lire est un unique privilège. Le savoir et le pouvoir ensemble, ce n’est pas donné à tout le monde. J’ai pensé, je pense encore à ces millions de gens dans le monde qui n’ont pas et n’auront peut-être jamais la chance de lire. Et je suis tellement tellement reconnaissante aujourd’hui que je sache lire. Extrêmement reconnaissante que ma fille, à son tour, ait la même chance.

Cette année j’ai décidé de commencer une croisade: traquer le maximum de livres en français que je puisse trouver dans ma ville du bout du monde. Et de faire découvrir à ma fille la joie de lire dans une autre langue que l’anglais. Elle est dans une école d’immersion française après tout. Qu’importe mon emploi du temps surchargé, je me ferai du temps pour m’asseoir avec elle et lui apprendre à lire. Tout simplement …

Et vous, qu’aimez-vous et qu’aimeriez-vous lire avec votre/vos enfant(s)? Quel genre de souvenirs aimeriez-vous qu’ils/elles gardent de leur lecture de jeunesse?

Très bonne année à tous et bonne lecture!

 

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