Autour de nous/Témoignage

Zafy: témoignage d’une ‘sage-femme’ malagasy en France

Il est 8h du matin, Zafy (prononcé Zaphy) a terminé sa garde de nuit. Il est temps pour elle de se reposer. Elle me donne rendez-vous dans la chambre 106. Je la suis. Cette petite dame se promène avec un sac plein de thés, de cafés, de sucrettes, qu’elle pose dans un coin de la maternité. Ensuite elle se rend dans l’office pour dire bonjour à ses collègues et réveiller un peu l’équipe du matin. De bonne humeur et souriante, elle y reste  »le temps qu’il faut »’ à bavarder avec tout le monde: potin, râle, transmission. Elle me propose un café, me présente à l’équipe. Rencontre

Je travaille comme au Mac Do’, je suis ce que nous appelons ici une équipière polyvalente

Kilonga.com: Merci pour ce café Zafy, ce n’est pas trop matinal pour vous ce rendez-vous?

Zafy: Aaahhh! (crie) Il vaux mieux que soit maintenant que plus tard. Je suis encore fraîche en sortant de ma garde. Regardez je suis toute belle! N’est ce pas Laurence?! (elle s’adresse à une de ses collègues qui passent dans le couloir)

Kilonga.com: Comment a été la nuit?

Zafy: Deux nouveaux-nés sont montés, un de 3kg 350 et une autre de 2kg 800. J’en avais déjà 6  en plus des 5 grossesses pathologiques.

Kilonga.com: Mais dites-moi quel est exactement ton rôle ici? tu me parles de bébés et de grossesse pathologique. Je ne te comprends pas

Zafy: (sourire) Je travaille comme au Mac Do’, je suis ce que nous appelons ici une équipière polyvalente

Kilonga.com: C’est à dire que tu fais aussi le ménage?

ZAfy: Non pas jusque là, je suis payée en tant qu’auxiliaire de puériculture, mais il m’arrive d’être infirmière et aussi sage-femme.

Kilonga.com: Ah bon, et quel est le diplôme pour exercer tout ça?

ZAfy: Au fait j’ai un diplôme de sage-femme que j’ai validé à Madagascar. Quand je suis arrivée en France il y a des années de cela,  l’équivalence vaut un diplôme d’auxiliaire de puériculture. Et me voilà

Kilonga.com: Ah , je comprends mieux. Parlez-nous un peu de votre parcours, justement.

Zafy: Et bien, j’ai fait 4 ans d’études de sage-femme, j’ai exercé un poste de sage-femme à l’hôpital de Tamatave, j’ai été cadre de santé même. Quand j’ai décidé de venir en France, j’ai été embauché comme auxiliaire de puériculture car le diplôme malgache ne vaut pas le diplôme français. Et pourtant je suis de la vieille école. Récemment j’ai passé le concours de l’équivalence, je l’ai eu et je suis en attente du résultat officiel . Je dois également trouver un stage d’un an avant d’être titularisé. Et pourtant, ce stage je n’en ai plus besoin . Je l’ai fait tous les jours, ici et ailleurs depuis que je suis venue en France. C’est du n’importe quoi! pour trouver un hôpital pour effectuer un stage c’est un parcours. Et puis comment je fais pour vivre 1 an sans être payé? Ici ils ne veulent pas valider mon parcours. Tout est fait pour que nous -les étrangers- on n’avance pas. Tant qu’il y a de la place pour les blanc s, il n’y en aura pas pour nous, même si nous sommes plus compétente qu’eux.

Kilonga.com: Et vous êtes beaucoup dans cette situation, tu en connais d’autres?

Zafy: Dans cette clinique , nous sommes 3 malgaches, toutes vacataires, et toutes sage-femme. Il y a deux autres comme nous, l’une est congolaise et l’autre algérienne. Toutes deux vacataires aussi. Au fait nous avons été embauché pour une vacation à l’éternelle. Il y a aussi  une malgache qui part en retraite bientôt mais c’est une puéricultrice. C’est une dame qui vouvoie tout le monde, c’est sa façon à elle de se distinguer de toute les catégories socio-professionnels, elle veut qu’on la respecte et elle veut qu’on honore sa place. pfff tu parles, ce n’est pas pour ça que nous serons à sa merci!

Kilonga.com: Et tu occupes d’autres postes ailleurs?

Zafy: Oui, je travaille dans une autre clinique. J’ai besoin d’argent, je construits une maison à Tamatave.

Kilonga.com: Et comment tu t’organises avec ça? La vie de famille?

Zafy: Mes enfants sont grands. Ils s’organisent comme ils peuvent. Ce que je veux dire c’est que je n’ai pas de devoirs à suivre le soir, que je n’ai plus à préparer le dîner pour eux. Je me soucie de trouver de l’argent pour mes projets à Madagascar.

Kilonga.com: Si je comprends bien ce que tu fais maintenant est impossible pour une jeune comme nous?

Il faut savoir s’organiser et savoir ce que l’on veut. Une vie de famille paisible c’est impossible en France.

Zafy: Il faut savoir s’organiser et savoir ce que l’on veut. Une vie de famille paisible c’est impossible en France.  Avec un salaire – à moins d’être médecin, avocat ou entrepreneur-  c’est quasi-impossible.  Pour les jeunes comme vous, il faut se fondre dans la masse: faire appel à la voisine pour garder les enfants, appeler une femme de ménage, faire ses courses sur internet. C’est le prix pour rentrer zen le soir et ne pas crier sur les enfants. Or beaucoup sommes nous à ne pas se sentir prête pour ça.

Kilonga.com: Toi même as- tu eu recours à tout cela pour réconcilier vie de famille et vie professionnelle

Zafy: Non, j’ai travaillé à temps partiel avant, quand les enfants étaient petits. Il y avait la crèche, la garderie.  Maintenant qu’ils sont grands je suis libre. C’est pour cela que j’arrive à jongler avec deux cliniques. Mais méfiez-vous, j’ai une collègue de 65 ans qui fait toute la clinique de Paris, c’est une sage-femme. Avec ce qu’elle gagne elle part en Chine pour deux semaine avec 6000 euros à dépenser.

Kilonga.com: C’est un rêve pour toi?

Zafy: Oh! Qui ne voudrait pas avoir une belle somme dans sa poche pour les vacances. Bien sûr que toutes ici voudraient pareil. Moi- enfin nous malagasy nous devons épargner pour construire quelque chose chez nous.

Kilonga.com: Tena fangalana ravin’ahitra izany aty an-dafy e?

Zafy: Plus on reste, plus on s’y attache même si on se fait piétiner par des vazaha. Maintenant ce ne sont même plus que les vazaha qui nous piétinent, il y a aussi l’algérien, le malien, l’indien, le portugais etc

Il faut se démarquer de la masse, c’est à dire profiter du système en étant un peu filou.

Kilonga.com: Un jour tu seras sage-femme titulaire en France alors, c’est un prestige ça?

Zafy: Oh que oui, être reconnue pour ce qu’on est c’est primordial.  Tu imagines que les sage -femmes nous appellent pour les aider dans leur travail parce qu’elles savent que nous sommes compétentes, alors que l’inverse si nous on leur demande de faire le bain du bébé elles refusent? Le salaire ne suit pas en plus de ça, et comme nous savons le faire, notre égo gagne la mise. Ce genre de chose nous fait mal au coeur car nous avons l’impression d’être B***

Kilonga.com: J’espère que tu seras reconnue à ton juste valeur Zafy, comme beaucoup d’entre nous étrangers en France. Vous êtes une battante et je pense que vos efforts seront vains. En tout cas je te remercie de m’avoir accordé un peu de votre temps . Bon repos alors!

Zafy: Merci à kilonga.com et longue vie à vous. Reviens nous voir, il y a des mamans malagasyqui viennent accoucher ici tu sais.

Zafy n’a pas voulu que je la prenne en photo, elle a dit que pour la voir, il faut venir accoucher dans sa clinique dans le 94 et dans le 75.

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2 réflexions sur “Zafy: témoignage d’une ‘sage-femme’ malagasy en France

  1. mahafinaritra, sady mampalahelo, j’aurais bien aimé tomber sur elle il y a 7mois et pourtant j’ai accouché dans une clinique du 94…Courage Zafy

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